Focus marché

FLASH MARCHÉS FINANCIERS

Le 08/04/2026
Le Moyen-Orient traverse actuellement une phase d’escalade majeure avec la confrontation militaire entre l’Iran, Israël et les États-Unis, rompant avec des années de guerre indirecte. Ce face-à-face entre puissances militaires majeures accroît fortement l’incertitude géopolitique mondiale, faisant craindre ainsi des risques d’embrasement régional et de sécurité énergétique au niveau mondial. Nous vous proposons dans ce flash de faire le point sur ce nouveau choc d’incertitudes qui sans être complètement une surprise pour les investisseurs et les marchés financiers se révèle plus brutal et aigu que prévu.

Les premières conséquences

 

La première réaction des marchés s’est concentrée sur l’énergie, canal de transmission classique des chocs géopolitiques au Proche et Moyen-Orient. Les prix du pétrole ont ainsi bondi de 27% (+63% au plus haut le 31 mars) et ceux du gaz de 25% (+91% au plus haut le 19 mars) en Europe, hausses très significatives mais globalement encore bien en deçà des chocs historiques. Le marché a immédiatement intégré un risque de perturbation du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole et du gaz liquéfié mondial.

 

Cette crainte de choc d’offre énergétique a conduit logiquement à une réévaluation des risques économiques et financiers. L’indice VIX, qui mesure la volatilité sous-jacente des actions américaines, a remonté sensiblement de 19% à 20% (avec un plus haut à 31% le 21 mars). Ce niveau de stress est à comparer aux +52% observés après les annonces de surtaxes douanières de Washington en avril 2024 et aux +35% au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Les marchés actions ont donc logiquement corrigé mais sans exagération particulière, avec des reculs s’échelonnant de -1.3% pour Wall Street (-8% au plus bas le 30 mars) à -2.7% pour les actions émergentes (-13% au plus bas le 31 mars) en passant par -3.40% (-10.40% au plus bas le 20 mars) pour les bourses de la zone euro. Cette hiérarchie s’explique en grande partie par le degré de dépendance énergétique, au pétrole et au gaz, transitant par le détroit d’Ormuz.

 

S’agissant des marchés obligataires, la crainte d’une résurgence de l’inflation, qui serait nourrie par la hausse des prix des matières premières, s’est traduite par des tensions de taux d’intérêt, et donc de baisse des cours, le rendement de l’OAT 10 ans passant de 3.23% à 3.53% (3.80% au plus haut le 27 mars). Cette crainte d’une nouvelle vague inflationniste, remake de l’épisode de 2022, se retrouve également dans les anticipations de durcissements des politiques monétaires (le marché s’attend dorénavant à deux relèvements des taux de la BCE en 2026).

 

Enfin, le dollar (+ 1 % contre l’euro, +3.4% au plus haut le 13 mars) a logiquement profité de son statut de valeur refuge.

Marchés actions et chocs géopolitiques : les références historiques

 

Depuis la Seconde Guerre Mondiale, nous dénombrons 32 événements, escalades ou conflits géopolitiques ou politiques de gravité et de durée variables. Même si l’histoire ne se répète pas toujours, plusieurs enseignements peuvent être tirés s’agissant de la réaction des marchés actions. Les reculs sont rapides (2 à 3 semaines en moyenne) et relativement contenus (-7% en moyenne) avec cependant des disparités notables en termes de performances (-17% après l’embargo pétrolier d’octobre 1973, -10% lors de la crise des otages américains en Iran en novembre 1979, -5% lors de la guerre d’Irak en mars 2003). Ces événements géopolitiques ont globalement été des opportunités d’investissement sauf lorsqu’ils ont occasionné, en de rares occasions, des trous d’air cycliques ou des récessions économiques (12 mois après l’embargo pétrolier de 1973, les actions étaient encore en baisse de 28% en raison de la récession provoquée par le triplement du prix du baril de pétrole).

 

Nos convictions et positionnements de nos portefeuilles avant ce choc géopolitique

 

Notre scénario central pour 2026 repose sur une toile de fond économique globalement favorable et des profits des sociétés en progression. Les politiques de stimulations budgétaires dans les principales économies mondiales (Etats-Unis, Chine et Allemagne), dans un contexte de politiques monétaires encore accommodantes, et le dynamisme des dépenses d’investissement, notamment dans l’écosystème de l’Intelligence Artificielle, expliquent notre orientation constructive. Dans ces conditions, et dans le prolongement de notre stratégie de 2025, nous avions démarré l’année 2026 avec une allocation d’actifs favorisant les actions et les obligations d’entreprises au détriment des actifs de précaution ou d’attente que sont les emprunts d’Etat et le monétaire.

 

Pour autant, nous sommes progressivement revenus à une position de neutralité à partir de mi-janvier afin de tenir notamment compte d’une forte progression des marchés sur les premières semaines de 2026. Cette position de neutralité s’est transformée en sous-pondération légère début février en raison des inquiétudes sur la solidité de certains fonds de dettes privées et des interrogations sur la conduite de la politique monétaire américaine par Kevin Warsh, le nouveau Président de la Réserve Fédérale.

 

Nos interrogations et derniers ajustements post déclenchement de cette crise géopolitique

 

La nature éminemment politique de ce nouveau défi pour les perspectives de croissance et l’orientation des marchés financiers introduit un niveau d’incertitude élevé dans notre processus de décision. Nous considérons que le cycle économique et la croissance des profits actuels sont suffisamment résistants pour amortir les impacts négatifs directs et indirects du renchérissement des prix des matières premières. Les statistiques économiques publiées courant mars semblent globalement confirmer cette attente de résilience du cycle économique mondial. C’est notamment le message envoyé par les indices de confiance des entreprises (Indices PMI) ; freinage de la croissance mais risques de récession encore limités.

 

Pour autant, l’absence de visibilité a minima sur les objectifs finaux des belligérants et les risques de réactions non linéaires des prix de l’énergie et de l’aversion au risque en cas de conflit prolongé et/ou perturbation durable du détroit d’Ormuz ou d’autres passages obligés du commerce mondial (détroit de « Bab el Mandeb », Canal de Suez) nous ont incités, depuis le déclenchement de cette crise géopolitique, à maintenir une position de sous pondération sur les marchés actions.

 

Les reculs des bourses, somme toute encore limités, reposent en effet sur l’espoir d’une réouverture relativement rapide du détroit d’Ormuz. Le cessez-le-feu irano-américain annoncé dans la nuit du 7 au 8 avril est une nouvelle bienvenue, mettant fin à plus de cinq semaines d’escalade militaire. Les marchés ont immédiatement salué la nouvelle, le pétrole cédant plus de 15 % pour repasser sous les 100 dollars le baril.

 

Pour autant, cet accord semble fragile : les exigences des deux parties restent très éloignées. Téhéran réclame notamment le maintien de son contrôle sur le détroit d’Ormuz, tandis que Washington entend conserver sa présence militaire dans la région.

 

Du côté israélien, Tel-Aviv soutient la décision américaine mais s’inquiète de ne pas avoir atteint ses objectifs sur le nucléaire et les missiles balistiques iraniens, et la coalition gouvernementale est loin d’être unanime. Israël affirme par ailleurs que le cessez-le-feu n’inclut pas le Liban, en contradiction directe avec les déclarations du médiateur pakistanais et des iraniens.

 

Sur le plan économique, si la réouverture du détroit d’Ormuz soulage les flux d’approvisionnement, le pétrole se maintient sur des niveaux encore élevés — de nature à peser sur la croissance mondiale et sur les marges des entreprises. Cette trêve de quinze jours est moins un règlement qu’un délai : les négociations qui s’ouvriront vendredi à Islamabad détermineront si cette pause peut se muer en paix véritable.​​​​​​​​​​​​​​​​

 

En revanche, nous considérons que les anticipations de taux sur la BCE et les tensions obligataires sont devenues excessives à court terme. Par conséquent, nous avons décidé de revenir à une position de neutralité sur la poche obligataire en rachetant des emprunts d’Etats de la zone Euro.

 

Nous serons attentifs aux déclarations et nouvelles concernant ce conflit géopolitique et continueront à nous assurer que les prochains indicateurs macroéconomiques ainsi que les résultats d’entreprises pour le 1er trimestre 2026, dont la publication va démarrer à partir du 7 avril, demeurent constructifs, afin le cas échéant de réinvestir nos liquidités.     

 

 

Rédigé par la Direction de la Gestion sous Mandat de Louvre Banque Privée le 08 avril 2026 à 16 h 00