FLASH MARCHÉS FINANCIERS
Le 03/03/2026Les premières conséquences
La première réaction des marchés s’est concentrée sur l’énergie, canal de transmission classique des chocs géopolitiques au Proche et Moyen-Orient. Les prix du pétrole ont ainsi bondi de 15% et ceux du gaz de 50% en Europe, hausses significatives mais encore bien en deçà des chocs historiques. Le marché a immédiatement intégré un risque de perturbation du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole et du gaz liquéfié mondial.
Cette crainte de choc d’offre énergétique a conduit logiquement à une réévaluation des risques économiques et financiers. L’indice VIX, qui mesure la volatilité sous-jacente des actions américaines, a remonté sensiblement de 19% à 26%. Ce niveau de stress est à comparer aux +52% observés après les annonces de surtaxes douanières de Washington en avril 2024 et aux +32% au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Les marchés actions ont donc logiquement corrigé mais sans exagération particulière, avec des reculs s’échelonnant de -1.7% pour Wall Street à -7.7% pour les actions émergentes en passant par -5.6% pour les bourses de la zone euro. Cette hiérarchie s’explique en grande partie par le degré de dépendance énergétique, au pétrole et au gaz, transitant par le détroit d’Ormuz.
S’agissant des marchés obligataires, la crainte d’une résurgence de l’inflation, qui serait nourrie par la hausse des prix des matières premières, s’est traduite par des tensions de taux d’intérêt, et donc de baisse des cours, le rendement de l’OAT 10 ans passant de 3.23% à 3.42%.
Enfin, le dollar (+ 2.10 % contre l’euro) a logiquement profité de son statut de valeur refuge.
Marchés actions et chocs géopolitiques : les références historiques
Depuis la Seconde Guerre Mondiale, nous dénombrons 32 événements, escalades ou conflits géopolitiques ou politiques de gravité et de durée variables. Même si l’histoire ne se répète pas toujours, plusieurs enseignements peuvent être tirés s’agissant de la réaction des marchés actions. Les reculs sont rapides (2 à 3 semaines en moyenne) et relativement contenus (-7% en moyenne) avec cependant des disparités notables en termes de performances (-17% après l’embargo pétrolier d’octobre 1973, -10% lors de la crise des otages américains en Iran en novembre 1979, -5% lors de la guerre d’Irak en mars 2003). Ces événements géopolitiques ont globalement été des opportunités d’investissement sauf lorsqu’ils ont occasionné, en de rares occasions, des trous d’air cycliques ou des récessions économiques (12 mois après l’embargo pétrolier de 1973, les actions étaient encore en baisse de 28% en raison de la récession provoquée par le triplement du prix du baril de pétrole).
Nos convictions et positionnements de nos portefeuilles avant ce choc géopolitique
Notre scénario central pour 2026 repose sur une toile de fond économique globalement favorable et des profits des sociétés en progression. Les politiques de stimulations budgétaires dans les principales économies mondiales (Etats-Unis, Chine et Allemagne), dans un contexte de politiques monétaires encore accommodantes, et le dynamisme des dépenses d’investissement, notamment dans l’écosystème de l’Intelligence Artificielle, expliquent notre orientation constructive. Dans ces conditions, et dans le prolongement de notre stratégie de 2025, nous avions démarré l’année 2026 avec une allocation d’actifs favorisant les actions et les obligations d’entreprises au détriment des actifs de précaution ou d’attente que sont les emprunts d’Etat et le monétaire.
Pour autant, nous sommes progressivement revenus à une position de neutralité à partir de mi-janvier afin de tenir notamment compte d’une forte progression des marchés sur les premières semaines de 2026. Cette position de neutralité s’est transformée en sous-pondération légère début février en raison des inquiétudes sur la solidité de certains fonds de dettes privées et des interrogations sur la conduite de la politique monétaire américaine par Kevin Warsh, le nouveau Président de la Réserve Fédérale.
Nos interrogations et derniers ajustements post déclenchement de cette crise géopolitique
La nature éminemment politique de ce nouveau défi pour les perspectives de croissance et l’orientation des marchés financiers introduit un niveau d’incertitude élevé dans notre processus de décision. Nous considérons que le cycle économique et la croissance des profits actuels sont suffisamment résistants pour amortir les impacts négatifs directs et indirects du renchérissement des prix des matières premières. Pour autant, l’absence de visibilité a minima sur les objectifs finaux des belligérants et les risques de réactions non linéaires des prix de l’énergie et de l’aversion au risque en cas de conflit prolongé et/ou perturbation durable du détroit d’Ormuz ou d’autres passages obligés du commerce mondial ( détroit de « Bab el Mandeb », Canal de Suez) nous incitent à renforcer la protection des portefeuille en réduisant davantage nos expositions au marchés actions par des ventes de positions sur les titres européens.
Nous serons attentifs aux déclarations et nouvelles concernant ce conflit géopolitique et continueront à nous assurer que les prochains indicateurs macroéconomiques demeurent constructifs, afin le cas échéant de réinvestir nos liquidités.
Rédigé par la Direction de la Gestion sous Mandat de Louvre Banque Privée le 3 mars 2026 à 18 h 00
